Trouble des apprentissages : guide pour parents débutants

Votre enfant a des difficultés à l’école. Le médecin ou l’enseignant a prononcé les mots « trouble des apprentissages » et depuis, vous cherchez à comprendre ce que ça signifie vraiment.

Est-ce grave ? Est-ce que c’est forcément la dyslexie ? Faut-il consulter en urgence ?

Ce guide est fait pour vous. En quelques minutes, vous allez comprendre ce qu’on appelle un trouble des apprentissages, quelles formes il peut prendre, comment le distinguer d’une simple difficulté passagère, et surtout que faire en premier.

Sommaire

Trouble des apprentissages : de quoi parle-t-on exactement ?

Un trouble des apprentissages, c’est une difficulté durable à apprendre et à utiliser certaines compétences scolaires fondamentales — lire, écrire, calculer — chez un enfant dont l’intelligence est normale et qui ne présente pas de déficit sensoriel ou neurologique connu. Ce n’est pas un retard passager, ni un manque de travail.

Selon le DSM-5 — le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux, référence internationale utilisée par les professionnels de santé — un trouble des apprentissages est un trouble neurodéveloppemental d’origine biologique qui affecte la façon dont le cerveau reçoit et traite les informations.

Les 4 critères diagnostiques du DSM-5

Pour qu’on puisse parler de trouble des apprentissages, quatre critères doivent être réunis :

Critère A — Les difficultés persistent depuis au moins 6 mois, malgré une aide mise en place à l’école ou à la maison. Ce que ça veut dire pour vous : ce n’est pas une mauvaise période, ce n’est pas lié à un changement de maître. Ça dure, et ça dure malgré les efforts.

Critère B — Les performances de l’enfant sont significativement en dessous du niveau attendu pour son âge, et ça a un impact réel sur sa scolarité ou sa vie quotidienne. Ce n’est pas « un peu en dessous » — c’est un décalage qui se voit et qui gêne concrètement.

Critère C — Les difficultés apparaissent à l’âge scolaire. Elles peuvent parfois passer inaperçues en maternelle, puis éclater au CP ou au CE1 quand les exigences augmentent. Certains enfants compensent longtemps avant que le trouble devienne visible.

Critère D — Les difficultés ne s’expliquent pas par autre chose : pas un problème de vue ou d’audition non corrigé, pas une déficience intellectuelle, pas un environnement scolaire défaillant, pas une situation familiale difficile. Le trouble existe en propre. Cela signifie que votre enfant n’est ni paresseux, ni mal enseigné.

Les différents troubles des apprentissages

Selon l’INSERM, entre 15 et 20 % des enfants rencontrent des difficultés scolaires. Parmi eux, 5 à 7 % présentent un trouble spécifique des apprentissages — ce qu’on appelle couramment les troubles « DYS ».

Ces troubles sont durables et d’origine neurodéveloppementale. Ils ne disparaissent pas avec l’âge, mais ils peuvent largement se compenser avec un accompagnement adapté.

Les troubles DYS

Les troubles DYS affectent chacun une fonction cognitive précise, tout en laissant les autres intact.

La dyslexie est le trouble le plus connu. Elle affecte l’apprentissage de la lecture : l’enfant déchiffre lentement, confond des lettres proches (b/d, p/q), peine à mémoriser les mots. La dysorthographie — trouble de l’orthographe — lui est presque toujours associée. La dyslexie touche au minimum 3 à 5 % des enfants, avec une prédominance masculine.

La dyscalculie touche les compétences numériques : l’enfant a du mal à compter, à mémoriser les tables, à comprendre la valeur des nombres. Sa prévalence est comparable à celle de la dyslexie (2 à 6 %), mais elle est nettement moins souvent diagnostiquée.

La dyspraxie — aussi appelée Trouble Développemental de la Coordination (TDC) — affecte la planification et l’exécution des gestes complexes. L’écriture est difficile, les cahiers sont brouillons, les activités manuelles laborieuses. Ce n’est pas de la négligence.

La dysphasie est un trouble spécifique du développement du langage oral : l’enfant a du mal à structurer ses phrases, à trouver ses mots, à se faire comprendre.

La dysorthographie, enfin, peut exister indépendamment de la dyslexie : l’enfant écrit phonétiquement, multiplie les erreurs d’accord et de segmentation, même après des années d’apprentissage.

Le TDAH et le TDA

Le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH ou TDA) n’est pas un trouble DYS à proprement parler, mais il est fréquemment associé aux troubles des apprentissages. Il se caractérise par trois types de symptômes : un déficit attentionnel (impossibilité de maintenir son attention sur une tâche), une hyperactivité motrice (incapacité à rester en place) et une impulsivité. Le TDA/H concernerait 3 à 5 % des enfants en âge scolaire, dont la moitié en grave échec scolaire.

Les troubles associés (comorbidités)

Un point important que beaucoup de parents ignorent : selon l’INSERM, dans près de 40 % des cas, un enfant porteur d’un trouble DYS présente également un autre trouble des apprentissages. La dyslexie et la dyscalculie coexistent souvent. La dyspraxie s’accompagne fréquemment de troubles de la lecture. Quand plusieurs troubles coexistent, ils peuvent se masquer mutuellement et rendre le diagnostic plus long à poser. Et pour l’enfant, c’est d’autant plus difficile à vivre : il cumule des difficultés dans plusieurs domaines à la fois, souvent sans comprendre pourquoi il n’y arrive pas. C’est une des raisons pour lesquelles il est souvent nécessaire de consulter plusieurs spécialistes différents — orthophoniste, neuropsychologue, psychomotricien — plutôt qu’un seul.

Difficulté scolaire ou trouble des apprentissages : comment faire la différence ?

C’est la question que se posent tous les parents. Et elle est légitime, parce que la frontière n’est pas toujours évidente à voir de l’extérieur.

Voici ce qui distingue une difficulté passagère d’un trouble constitué :

Une difficulté passagère est liée à un contexte : changement d’école, période de stress familial, lacunes dans un domaine précis. Elle se résout avec du temps, de l’aide et une pédagogie adaptée. Elle est fréquente — près de 20 % des enfants traversent des difficultés scolaires à un moment ou un autre.

Un trouble des apprentissages est durable et structurel. Il persiste malgré une aide soutenue. L’enfant ne « rattrape pas son retard » — il produit des erreurs différentes de celles des autres élèves du même âge. Il n’est pas en lien avec un manque d’intelligence : tout enfant, quel que soit son QI, peut être concerné.

Le guide pratique de la Société Française de Pédiatrie (2009) le formule clairement : il ne s’agit pas d’authentifier la prétendue « paresse » de l’enfant, ni la supposée « incompétence » des parents ou de l’enseignant. Les troubles des apprentissages ont une origine neurologique, pas comportementale.

Dans tous les cas, un trouble des apprentissages peut générer une souffrance psychologique réelle : anxiété, perte de confiance en soi, désinvestissement progressif, parfois dépression. Ce cercle vicieux rend le diagnostic précoce d’autant plus important.

Qui peut diagnostiquer un trouble de l'apprentissage ?

Le diagnostic d’un trouble des apprentissages ne se pose pas en une seule consultation. Il repose sur une démarche pluridisciplinaire, et les professionnels impliqués varient selon le trouble suspecté.

Le médecin traitant ou le pédiatre est le point d’entrée. C’est lui qui recueille les premiers signaux, élimine les causes possibles (problème de vue, d’audition, cause neurologique), et rédige les ordonnances pour les bilans spécialisés. Il coordonne ensuite le suivi.

L’orthophoniste est compétente pour diagnostiquer les troubles spécifiques des apprentissages sans facteur de complexité : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysphasie. Le bilan orthophonique est prescrit par le médecin. Il explore les mécanismes de lecture, d’écriture et de calcul, et débouche sur un projet de rééducation. ➡️ en savoir plus sur le bilan dyslexie

Le neuropsychologue intervient quand le tableau est plus complexe : troubles associés, suspicion de TDAH, doute sur l’efficience intellectuelle. Il réalise un bilan neuropsychologique complet pour établir le profil cognitif de l’enfant — ses points forts comme ses difficultés.

Le psychomotricien est sollicité en cas de suspicion de dyspraxie ou de troubles de la coordination motrice.

Le neuropédiatre intervient pour les tableaux complexes ou en cas de suspicion de TDAH.

Un point essentiel : le diagnostic ne peut pas être posé avant l’âge de 7 ans de façon fiable. Il nécessite également un recul dans le temps — une réévaluation après une période d’aide permet de distinguer un simple retard de développement d’un trouble durable.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Vous n’avez pas encore de diagnostic. Voici ce que vous pouvez faire sans attendre :

1. Notez vos observations par écrit

La date d’apparition des difficultés, leur nature précise, leur évolution, ce qui semble aider ou aggraver. Ces observations sont précieuses pour le médecin et les spécialistes.

2. Parlez-en à son enseignant

Demandez un rendez-vous pour comprendre ce qu’il observe en classe. L’école peut mettre en place un PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Éducative) en attendant le diagnostic, pour adapter les exigences à votre enfant.

3. Consultez votre médecin traitant

Expliquez la durée des difficultés, leur résistance à l’aide, et demandez une ordonnance pour un bilan orthophonique si le médecin l’estime pertinent. C’est la première étape du parcours diagnostique.

Vous voulez mieux comprendre les signes spécifiques de la dyslexie chez l’enfant ? Nous y avons consacré un article complet.

Chaque mardi, un contenu concret sur les troubles des apprentissages

Comprendre les troubles DYS et TDAH, ça prend du temps. Et les informations sérieuses, accessibles, adaptées aux parents sont trop superficielles.

Tous les mardis, je t’envoie un contenu pratique sur les troubles des apprentissages : signes à repérer, conseils d’accompagnement, ressources vérifiées, témoignages de parents.

Rejoins les 5 000 parents déjà abonnés.

🎁 En cadeau de bienvenue : un PDF avec 7 activités simples pour redonner à ton enfant l’envie d’apprendre.

👉 Je m’inscris à la newsletter et je reçois mon cadeau

Questions fréquentes

Quels sont les troubles de l'apprentissage ?

Les troubles des apprentissages regroupent les troubles spécifiques DYS (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, dysphasie) et le TDAH/TDA.
Ils sont d’origine neurodéveloppementale, durables, et rendent difficile l’apprentissage de compétences scolaires précises : lire, écrire, calculer, coordonner ses gestes, chez des enfants dont l’intelligence est normale.

Les cinq troubles les plus souvent cités sont la dyslexie (lecture), la dysorthographie (orthographe), la dyscalculie (calcul), la dyspraxie (coordination motrice) et la dysphasie (langage oral). Auxquels on ajoute généralement le TDAH, qui appartient aux troubles neurodéveloppementaux et s’associe fréquemment aux troubles DYS.

Les signaux d’alerte sont : des difficultés persistantes depuis plus de 6 mois malgré une aide, un décalage visible par rapport aux enfants du même âge, des erreurs atypiques (pas juste « beaucoup d’erreurs », mais des erreurs d’un type particulier), et un impact sur la confiance en soi ou le rapport à l’école. Si ces signaux sont présents, consultez le médecin traitant pour déclencher un bilan.

Conclusion

Les troubles des apprentissages touchent 5 à 7 % des enfants d’âge scolaire. Ils ont une origine neurologique, pas comportementale, et ne disparaissent pas seuls. Mais avec un diagnostic posé au bon moment et un accompagnement adapté, la grande majorité des enfants concernés progressent significativement et mènent une scolarité longue.

Si vous suspectez un trouble chez votre enfant, la première étape est simple : notez ce que vous observez, parlez-en à l’enseignant, et consultez le médecin traitant.

Pour aller plus loin, notre article sur les signes de dyslexie chez l’enfant vous donnera les repères concrets pour identifier ce trouble spécifique selon l’âge de votre enfant.

Bibliographie