Dyslexie et dysorthographie : quelle est la différence ?
Votre enfant vient peut-être d’être évalué par un orthophoniste. Le compte-rendu mentionne deux termes : dyslexie ET dysorthographie. Deux diagnostics. Votre premier réflexe : c’est deux fois plus grave ?
Pas nécessairement. Dans la grande majorité des cas, ces deux troubles partagent la même origine. Ce n’est pas une accumulation de problèmes séparés. C’est le même mécanisme qui se manifeste de deux façons différentes : une fois à la lecture, une fois à l’écrit.
Cet article vous explique en quoi ces deux troubles diffèrent concrètement, pourquoi ils vont si souvent ensemble, et ce que ça implique pour accompagner votre enfant au quotidien. Vous trouverez aussi une réponse à une question que beaucoup de parents se posent : peut-on être l’un sans l’autre ?
Sommaire
Deux troubles, une cause commune
La distinction est simple à retenir :
- La dyslexie touche la lecture : l’enfant a du mal à décoder les mots écrits, à reconnaître rapidement les lettres et à assembler les sons qui leur correspondent.
- La dysorthographie touche l’écriture : l’enfant a du mal à encoder les mots, c’est-à-dire à retranscrire correctement ce qu’il entend ou veut écrire.
Dans la classification officielle DSM-5 (le manuel diagnostique international de référence en psychiatrie et neurologie), ces deux troubles n’ont pas de nom séparé. Ils entrent tous les deux dans la catégorie « trouble spécifique des apprentissages », avec une précision selon le domaine concerné :
- Dyslexie → trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture
- Dysorthographie → trouble spécifique des apprentissages avec déficit de l’expression écrite
Ce regroupement sous une même catégorie n’est pas anodin. Il reflète ce que les chercheurs observent depuis des années : ces deux troubles partagent la même origine neurologique, un déficit de la conscience phonologique.
La conscience phonologique — c’est-à-dire la capacité à identifier et manipuler les sons du langage — est le socle sur lequel reposent à la fois la lecture et l’orthographe. Quand ce socle est fragilisé, les deux constructions vacillent. C’est pour cette raison que dyslexie et dysorthographie sont si fréquemment associées.
Selon l’INSERM, la dyslexie touche entre 5 et 7 % des enfants d’âge scolaire en France, et la dysorthographie lui est presque systématiquement associée.
Les erreurs typiques de chaque trouble
Connaître les erreurs caractéristiques de chaque trouble aide à mieux comprendre ce que vit votre enfant — et à ne pas confondre avec d’autres difficultés.
Ce qu’on voit à la lecture (dyslexie)
L’enfant dyslexique lit lentement, de façon hésitante. Il peut :
- Inverser des lettres ou des syllabes : lire « caler » pour « lacet »
- Confondre des lettres visuellement proches : b/d, p/q
- Sauter des mots ou des lignes
- Deviner la fin des mots plutôt que de les lire entièrement
- Lire correctement à voix haute mais sans retenir le sens, car toute son attention est absorbée par le déchiffrage
Ce qui caractérise la dyslexie, ce n’est pas l’existence de ces erreurs en soi — tous les enfants en font en début d’apprentissage — c’est leur persistance au-delà du stade attendu.
Ce qu’on voit à l’écrit (dysorthographie)
L’enfant dysorthographique produit des écrits avec de nombreuses erreurs qui ne s’expliquent pas par un manque d’attention ou de travail. L’INSERM distingue quatre grands types d’erreurs :
- Erreurs phonétiques : la transcription ne permet même pas de retrouver la forme sonore du mot — « pidon » pour « bidon », « fagile » pour « fragile ».
- Erreurs phonétiquement acceptables : l’enfant transcrit ce qu’il entend, mais ce n’est pas l’orthographe correcte — « chato » pour « château », « anfan » pour « enfant ». La logique sonore est là, les conventions orthographiques non.
- Erreurs morphologiques : difficultés à appliquer les règles de dérivation ou d’accord, même connues à l’oral.
- Erreurs d’accord : omissions ou substitutions dans les accords en genre et en nombre — « les table », « il sont allé ».
Un signe caractéristique : l’orthographe d’un même mot varie d’une ligne à l’autre (enfan, anfan, anfent) — il n’existe pas de représentation stabilisée du mot en mémoire. (Sources : INSERM 2007, Chapitre 10 ; CENOP)
À ne pas confondre avec la dysgraphie
La dysgraphie est un trouble distinct qui touche le geste graphique lui-même : l’écriture est illisible, lente, douloureuse, indépendamment de la qualité orthographique. Un enfant dysgraphique peut être bon en orthographe mais incapable de tenir un crayon confortablement. Les deux troubles peuvent coexister, mais ils ne sont pas synonymes.
Dyslexie sans dysorthographie : peut-on avoir l'un sans l'autre ?
Presque jamais dans un sens, quasi systématiquement dans l’autre.
Un enfant dyslexique est presque toujours aussi dysorthographique. L’explication est mécanique : lire et écrire ne sont pas des opérations symétriques. En lecture, il suffit souvent d’indices partiels pour reconnaître un mot — la ressemblance avec une forme mémorisée peut suffire. En écriture, toutes les lettres doivent être retrouvées et transcrites dans un ordre strict, sans appui visuel. Les représentations orthographiques fragiles d’un enfant dyslexique peuvent donc être suffisantes pour lire « à peu près », mais insuffisantes pour produire une orthographe correcte. C’est pourquoi les spécialistes considèrent la dysorthographie comme un trouble indissociable de la dyslexie. (Source : INSERM, 2007, Chapitre 10)
À l’inverse, la question de la dysorthographie sans dyslexie est plus complexe qu’il n’y paraît. L’INSERM souligne qu’aucune étude n’a jamais établi la fréquence de ce cas de figure : la quasi-totalité des recherches considère les deux troubles comme systématiquement associés. Des études de cas neuropsychologiques documentent l’existence de bons lecteurs présentant de grandes difficultés en orthographe — le CENOP confirme qu’un enfant peut être affecté d’un trouble spécifique de l’orthographe sans trouble de la lecture — mais ces profils restent exceptionnels et leurs mécanismes sont encore peu documentés.
Ce qui est établi dans les deux cas : le travail de la conscience phonologique reste le point d’entrée thérapeutique central, que les difficultés portent sur la lecture, l’écriture, ou les deux.
Pourquoi votre enfant a souvent plusieurs diagnostics
Recevoir un compte-rendu avec trois ou quatre termes différents est déconcertant. Pourtant, c’est la norme plutôt que l’exception dans les troubles DYS.
Le neurologue Michel Habib, spécialiste des troubles d’apprentissage au CHU de Marseille, a analysé 209 consultations consécutives dans son centre de référence. Sur ces 209 enfants, 177 présentaient un diagnostic principal de dyslexie. Et sur ces 177 cas, sa conclusion était sans appel : tous les enfants dyslexiques auraient dû être également qualifiés de dysorthographiques. Le faible nombre de dysorthographies diagnostiquées séparément s’expliquait simplement par le fait que chez les plus jeunes, le trouble de l’écrit n’est pas encore évaluable en tant que tel. (Source : INSERM, 2007, d’après Habib, 2003)
Au-delà de la dyslexie et de la dysorthographie, d’autres troubles apparaissaient fréquemment dans le même bilan :
- TDAH : présent chez 32 des 209 enfants
- Dyscalculie : présente chez 48 enfants
- Dysgraphie : chez 14 % des enfants dyslexiques de l’étude
- Troubles du langage oral : 110 enfants sur 209 présentaient également des difficultés à l’oral
Habib a formalisé cette réalité clinique sous le nom de « constellation des dys » : les troubles neurodéveloppementaux ne se présentent pas en silo. Ils se chevauchent, s’associent — parce qu’ils partagent des bases neurologiques communes.
Ce que cela change pour vous, en tant que parent : plusieurs diagnostics ne signifient pas que votre enfant cumule les handicaps. Cela signifie que l’évaluation a été complète, et que l’accompagnement pourra être précis.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Deux diagnostics, un seul point d’entrée pour l’accompagnement : la conscience phonologique.
Quelques actions immédiates à mettre en place :
- Signaler les deux troubles à l’école pour qu’un PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé) soit mis en place. Les aménagements — tiers-temps, dictées aménagées, utilisation d’un ordinateur — s’appliquent aux deux troubles.
- Éviter la copie répétitive comme stratégie d’apprentissage de l’orthographe. Elle ne fonctionne pas pour les enfants dysorthographiques et génère de la frustration sans résultat.
- Travailler les sons, pas les règles. La conscience phonologique prédit la performance en orthographe mieux qu’elle ne prédit la performance en lecture — elle est encore plus déterminante pour l’écriture que pour la lecture. Avant de mémoriser des règles, l’enfant a besoin de consolider sa représentation mentale des sons. C’est le travail de fond de l’orthophoniste. (Source : INSERM, 2007, Chapitre 10)
Pour aller plus loin
Notre programme gratuit accompagne les parents d’enfants dyslexiques et dysorthographiques semaine après semaine : comprendre les mécanismes, trouver les bons mots avec l’école, et mettre en place des routines efficaces à la maison.
Questions fréquentes
Peut-on être dysorthographique sans être dyslexique ?
Oui, c’est possible. Un enfant peut avoir appris à lire correctement, tout en gardant des difficultés importantes à mémoriser l’orthographe des mots. Ces profils existent, mais ils sont moins fréquents que le fait d’avoir les deux à la fois.
Quels sont les signes de dysorthographie chez l'enfant ?
L’enfant fait de nombreuses erreurs orthographiques malgré les apprentissages : omissions de lettres, confusions phonétiques, écriture phonétique (il écrit ce qu’il entend). Ces erreurs persistent au-delà de la période normale d’apprentissage et ne s’améliorent pas avec la simple répétition.
Quels sont les 3 types de dyslexie ?
On distingue classiquement la dyslexie phonologique (difficulté à convertir les lettres en sons), la dyslexie de surface (difficulté à reconnaître les mots globalement, même fréquents) et la dyslexie mixte (les deux à la fois). En pratique clinique, la forme mixte est la plus courante. Le DSM-5 n’utilise plus ces sous-types dans son système de codage officiel.
Quel est le nouveau nom de la dysorthographie selon le DSM-5 ?
Le DSM-5 regroupe dyslexie et dysorthographie sous le diagnostic unique de « trouble spécifique des apprentissages », avec précision du ou des domaines atteints. La dysorthographie correspond à la précision diagnostique « avec déficit de l’expression écrite ». Le terme dysorthographie reste utilisé en pratique clinique française.
Dyslexie et dysorthographie : est-ce le même diagnostic ?
Non, ce sont deux troubles distincts, mais étroitement liés. La dyslexie touche la lecture, la dysorthographie touche l’écriture. Ils partagent la même origine (déficit phonologique) et sont très fréquemment associés chez le même enfant. Dans la classification DSM-5, ils entrent tous les deux dans la catégorie « trouble spécifique des apprentissages ».
Bibliographie
- American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5e éd.). DSM-5.
- INSERM. (2007). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie — Bilan des données scientifiques, Chapitre 12 : Troubles des acquisitions associés à la dyslexie. Consulté le 03/03/2026. https://ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/110/Chapitre_12.html
- Habib, M. (2003). La dyslexie à livre ouvert. Résodys, Marseille. (ouvrage)
- Fédération Française des DYS (FFDYS). Comprendre la dysorthographie. https://www.ffdys.com
- Ameli.fr. Troubles du langage écrit. https://www.ameli.fr
- INSERM. (2007). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie — Bilan des données scientifiques, Chapitre 10 : Dysorthographie. Consulté le 03/03/2026. https://ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/110/Chapitre_10.html
- CENOP. Dyslexie-dysorthographie. Consulté le 03/03/2026. https://cenop.ca/troubles-apprentissage/dyslexie-dysorthographie/