Causes de la dyslexie : ce que la science explique
La dyslexie n’est pas un manque de travail, ni un problème de vue, ni une conséquence d’une mauvaise méthode d’apprentissage. C’est un trouble d’origine neurologique et génétique, documenté par des décennies de recherche en imagerie cérébrale. Comprendre ses causes ne change pas le quotidien de votre enfant — mais ça change la façon dont vous l’accompagnez.
Dans cet article : ce que la science sait avec certitude sur les causes de la dyslexie, les facteurs de risque identifiés, et les idées reçues à mettre de côté.
Sommaire
La dyslexie : un trouble d'origine neurologique
La dyslexie est un trouble neurodéveloppemental. Cela signifie qu’elle trouve son origine dans le développement du cerveau, pas dans l’environnement scolaire ou familial de l’enfant.
Ce que montrent les études en imagerie cérébrale
Depuis les années 2000, les techniques d’imagerie par résonance magnétique (IRM) ont permis d’observer le cerveau des personnes dyslexiques en train de lire. Les résultats convergent vers un même constat : des différences d’activation dans le réseau cérébral impliqué dans la lecture, principalement dans l’hémisphère gauche.
Chez les lecteurs typiques, ces trois zones s’activent de façon coordonnée. Chez les personnes dyslexiques, cette coordination est atypique ou insuffisante — en particulier dans le lobule pariétal inférieur gauche, la zone chargée de faire le lien entre un son et sa lettre correspondante.
Une revue publiée dans Brain Sciences en 2021 (Habib, PMID 34071786) souligne en particulier le rôle du faisceau arqué : ce faisceau de substance blanche relie les aires auditives postérieures à la région de Broca. Plusieurs études indépendantes ont montré qu’une organisation anormale de ce faisceau est un prédicteur fort de la dyslexie — y compris chez des enfants d’âge préscolaire, avant même qu’ils aient commencé à apprendre à lire. Cette observation est importante : elle indique que les anomalies cérébrales précèdent l’apprentissage de la lecture, et ne sont donc pas sa conséquence.
En pratique, ce que montre l’imagerie : le cerveau dyslexique n’est pas endommagé. Il est organisé différemment, d’une façon qui rend le décodage phonologique plus coûteux cognitivement.
La génétique : le facteur de risque le plus documenté
La cause la mieux établie de la dyslexie est génétique. Selon l’INSERM (Chapitre 19 de l’expertise collective sur les troubles des apprentissages), l’héritabilité de la dyslexie est estimée entre 50 et 65 %. Autrement dit : dans plus de la moitié des cas, la part génétique explique la présence du trouble.
Ce chiffre est confirmé par les études sur les jumeaux, qui montrent que lorsqu’un vrai jumeau (monozygote) est dyslexique, l’autre l’est aussi dans environ 65 à 70 % des cas.
Plusieurs gènes ont été identifiés comme associés à la dyslexie — notamment DCDC2, ROBO1 et KIAA0319, impliqués dans la migration neuronale pendant le développement du cerveau. Mais il ne s’agit pas d’un schéma simple : aucun gène unique ne « cause » la dyslexie. Il s’agit d’une interaction complexe entre plusieurs variants génétiques, chacun contribuant à un risque accru.
Ce que ça signifie concrètement : si l’un des parents est dyslexique, le risque que son enfant le soit aussi est significativement plus élevé que dans la population générale. Selon ameli.fr, un enfant dont l’un des parents est dyslexique a environ 80 fois plus de risques d’être dyslexique que la moyenne — un chiffre qui illustre la forte composante héréditaire du trouble, sans pour autant signifier que le diagnostic est inévitable.
Facteurs de risque périnataux : ce que la recherche indique
La génétique est le facteur dominant, mais elle n’est pas le seul élément en jeu. Certains événements survenant pendant la grossesse ou à la naissance sont associés à un risque accru de troubles neurodéveloppementaux, dont des difficultés de lecture.
Prématurité et complications néonatales
La prématurité seule n’est pas un prédicteur direct de la dyslexie. En revanche, certaines complications néonatales spécifiques — notamment l’hémorragie intraventriculaire et la leucomalacie périventriculaire (lésions de la substance blanche) — sont associées à un risque plus élevé de difficultés de lecture. C’est ce que montre une étude publiée en 2025 dans International Journal of Developmental Neuroscience (López-Zamora et al., PMC12050388), qui souligne la nécessité de distinguer la prématurité en tant que telle des complications qui peuvent l’accompagner.
Exposition à l’alcool pendant la grossesse
L’exposition prénatale à l’alcool en quantité élevée est un facteur de risque bien documenté pour les troubles neurodéveloppementaux en général (syndrome d’alcoolisation fœtale, TSAF). Ces troubles incluent des difficultés d’apprentissage et de lecture. Il n’existe cependant pas à ce jour de lien établi en source primaire entre l’alcool et la dyslexie phonologique spécifiquement — le mécanisme passe par un impact plus large sur le développement cérébral.
Tabagisme pendant la grossesse
Des études menées notamment par l’INSERM ont mis en évidence des associations entre le tabagisme maternel et des performances scolaires altérées chez l’enfant. Ces associations sont toutefois en grande partie expliquées par des facteurs environnementaux associés, et le lien causal direct avec la dyslexie phonologique n’est pas établi à ce jour.
Ce qu’il faut retenir : ces facteurs ne « causent » pas la dyslexie au sens étiologique du terme — ils augmentent le risque de troubles neurodéveloppementaux de façon générale. La dyslexie phonologique reste principalement d’origine génétique et neurologique.
"Causes psychologiques" : une idée reçue à corriger
Beaucoup de parents se demandent si un choc émotionnel, un stress ou des difficultés familiales ont pu « déclencher » la dyslexie de leur enfant. C’est une question légitime — et la réponse est non.
Non : la dyslexie n’a pas de cause psychologique. Elle ne résulte pas d’un traumatisme, d’un stress, d’une anxiété, d’un manque de confiance en soi ou de problèmes familiaux. Cette idée persistante est non seulement inexacte sur le plan scientifique — elle est aussi potentiellement culpabilisante pour les parents.
Ce qui peut prêter à confusion : un enfant dyslexique développe souvent, avec le temps, de l’anxiété scolaire, une faible estime de soi, voire des manifestations comportementales liées à la frustration répétée. Ces conséquences psychologiques sont réelles et méritent d’être prises en charge. Mais elles sont des effets de la dyslexie non accompagnée, pas ses causes.
La dyslexie est définie dans le DSM-5 comme un « trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture » d’origine neurodéveloppementale. Son diagnostic repose sur des critères cognitifs mesurables, indépendants de l’histoire psychologique de l’enfant.
Dyslexie et dysorthographie : les mêmes causes ?
Dans la grande majorité des cas, oui. La dysorthographie — trouble spécifique de l’orthographe — partage les mêmes mécanismes que la dyslexie : un déficit du traitement phonologique qui rend difficile non seulement le décodage en lecture, mais aussi le codage en écriture.
C’est pourquoi les deux troubles sont très fréquemment associés. Un enfant qui a du mal à lire les mots aura généralement aussi du mal à les orthographier : les deux activités reposent sur le même système de correspondance entre sons et lettres (graphèmes-phonèmes), simplement dans des sens opposés.
Le diagnostic de dysorthographie est souvent posé en même temps que celui de dyslexie, lors d’un bilan orthophonique. Les causes étant identiques, la prise en charge l’est aussi : travail de la conscience phonologique, entraînement progressif des correspondances graphème-phonème, adaptations pédagogiques.
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Questions fréquentes
Quelle est la cause de la dyslexie ?
La dyslexie est un trouble neurodéveloppemental d’origine principalement génétique et neurologique. Elle est liée à une organisation atypique de certaines régions cérébrales impliquées dans le traitement phonologique — c’est-à-dire la conversion des sons en lettres et inversement. Elle n’a pas de cause psychologique ou environnementale.
Quels sont les 3 types de dyslexie ?
La littérature scientifique décrit plusieurs profils de dyslexie selon le déficit dominant : phonologique (difficulté à décoder les sons), lexicale (difficulté d’accès au stock de mots connus), et mixte. Ces catégories sont utiles cliniquement pour orienter la prise en charge, mais le DSM-5 ne retient pas cette classification formelle : il définit un diagnostic unique de « trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture ».
Comment se transmet la dyslexie ?
La dyslexie est héréditaire. Plusieurs gènes ont été identifiés comme associés au trouble (dont DCDC2 et KIAA0319). Ce n’est pas un mécanisme simple — plusieurs gènes sont impliqués, et leur expression dépend aussi de l’environnement. Un enfant dont l’un des parents est dyslexique a un risque significativement plus élevé d’être lui-même dyslexique, sans que ce soit pour autant systématique.
Est-ce que la dyslexie est une forme d'autisme ?
Non. La dyslexie et l’autisme (TSA — trouble du spectre autistique) sont deux troubles neurodéveloppementaux distincts, avec des profils cognitifs différents. Ils peuvent coexister chez un même enfant, comme d’autres troubles peuvent se combiner (dyslexie + TDAH, dyslexie + dyscalculie), mais l’un n’est pas une forme de l’autre.
💡Causes de la dyslexie : ce qu'il faut retenir
La dyslexie est un trouble neurodéveloppemental d’origine neurologique et génétique. Elle n’est pas causée par un manque de travail, un problème de vue, une méthode pédagogique inadaptée ou des difficultés psychologiques. La comprendre, c’est d’abord cesser de chercher une cause là où il n’y en a pas — et concentrer l’énergie sur un accompagnement adapté.
Pour aller plus loin : Signes de dyslexie chez l’enfant : ce qui doit alerter
Bibliographie
- Zorzi M, Barbiero C, Facoetti A, et al. « Extra-large letter spacing improves reading in dyslexia. » Proceedings of the National Academy of Sciences USA. 2012;109(28):11455-9. PMID : 22665803. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22665803/ (consulté le 09/03/2026)
- INSERM — Dossier « Troubles spécifiques des apprentissages ». https://www.inserm.fr/dossier/troubles-specifiques-apprentissages/ (consulté le 09/03/2026)
- Ameli.fr — Assurance Maladie. « Comment repérer une dyslexie et une dysorthographie ? » https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/troubles-langage-ecrit/symptomes-detection-diagnostic (consulté le 09/03/2026)
- American Psychiatric Association. DSM-5 — Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5e éd., 2013). Catégorie : Trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture.
- Fédération Française des Dys (FFDys). « Troubles Dys ». https://www.ffdys.com/troubles-dys/ (consulté le 09/03/2026)