Bilan dyslexie : comment ça se passe concrètement

Votre enfant a du mal à lire depuis plusieurs mois, l’enseignant a tiré la sonnette d’alarme, et on vous parle de « bilan dyslexie ». Le rendez-vous est dans trois semaines — et vous ne savez pas vraiment à quoi vous attendre.

Le bilan dyslexie, c’est un bilan orthophonique prescrit par un médecin, qui permet d’évaluer les difficultés de lecture et d’écriture de votre enfant, de poser un diagnostic et de définir une prise en charge adaptée. C’est une étape structurée, pas une épreuve.

Voici ce que vous devez savoir avant d’y aller : comment l’obtenir, ce qui se passe pendant, ce que contient le compte rendu, et quoi en faire ensuite.

Dans cet article : ce que la science sait avec certitude sur les causes de la dyslexie, les facteurs de risque identifiés, et les idées reçues à mettre de côté.

Sommaire

Qui prescrit le bilan et comment l'obtenir ?

Le bilan orthophonique se fait sur prescription médicale. Le médecin traitant de votre enfant, son pédiatre ou le médecin scolaire peuvent tous les trois rédiger cette ordonnance. La formulation standard est : « bilan orthophonique du langage écrit avec rééducation si nécessaire » — c’est la formulation qui couvre spécifiquement la dyslexie et la dysorthographie. C’est ce libellé qui apparaîtra sur l’ordonnance, pas le mot « dyslexie »

Depuis mai 2023, les orthophonistes sont également accessibles en accès direct dans certaines situations, sans ordonnance préalable — mais la prescription reste indispensable pour bénéficier du remboursement par l’Assurance Maladie.

Une fois l’ordonnance en poche, il faut trouver un orthophoniste disponible. C’est souvent là que le parcours se complique : les délais d’attente sont longs dans la plupart des régions, parfois plusieurs mois. Quelques conseils pratiques :

  • Contactez plusieurs cabinets en même temps
  • Renseignez-vous auprès du médecin scolaire, qui connaît souvent les orthophonistes du secteur
  • L’annuaire santé d’ameli.fr permet de trouver les orthophonistes proches de chez vous
 

👉 Signes de dyslexie chez l’enfant : ce qui doit alerter

À quel âge faire un bilan dyslexie ?

Selon ameli.fr et les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), le diagnostic de dyslexie ne peut être posé avec certitude qu’à partir de la fin du CE1. C’est à ce stade que la majorité des enfants maîtrisent normalement la lecture et l’écriture — avant, il peut être difficile de distinguer un trouble spécifique d’un simple retard d’acquisition.

Cela ne signifie pas qu’il faut attendre passivement. Un bilan de langage oral peut être réalisé dès les premiers signes, bien avant le CE1. Et si les difficultés sont importantes dès le CP, une consultation chez l’orthophoniste reste pertinente — elle peut orienter le suivi même si le diagnostic formel est posé plus tard.

💡 À retenir : ne pas attendre que les difficultés s’aggravent, mais ne pas non plus s’alarmer si le diagnostic ne peut pas encore être confirmé en grande section de maternelle.

Dyslexie : comment se passe le bilan ? Les 3 étapes

Le bilan orthophonique se déroule généralement en une ou deux séances, selon l’âge de l’enfant et la complexité de la situation. Il comprend trois temps distincts.

L’anamnèse : l’entretien initial

L’anamnèse — du grec anamnêsis, « remémoration » — est l’entretien d’introduction. L’orthophoniste recueille l’histoire de l’enfant : déroulement de la grossesse et de l’accouchement, développement du langage oral, parcours scolaire, contexte familial (y compris la présence de troubles similaires chez les parents ou la fratrie), difficultés observées au quotidien.

C’est un moment d’échange, pas d’interrogatoire. Les parents sont invités à décrire ce qu’ils observent à la maison. L’orthophoniste s’appuie sur ces éléments pour cibler les tests à faire passer.

Ce qu’il est utile d’apporter : les bilans déjà réalisés (bilan visuel, auditif), le carnet de santé, les bulletins scolaires, et tout document qui donne une image du parcours de l’enfant.

Les tests : ce que l’orthophoniste évalue

L’orthophoniste fait ensuite passer une batterie de tests standardisés, adaptés à l’âge de l’enfant. Ces épreuves évaluent les grandes fonctions impliquées dans la lecture et l’écriture :

  • La conscience phonologique — c’est-à-dire la capacité à identifier et manipuler les sons du langage : distinguer des syllabes, repérer des rimes, isoler un phonème dans un mot.
  • Le déchiffrage — lire des mots courants, des mots rares, et des pseudo-mots (mots inventés qui n’existent pas) pour tester la capacité à décoder sans s’appuyer sur la mémoire.
  • La compréhension écrite — est-ce que l’enfant comprend ce qu’il lit, au-delà du simple déchiffrage ?
  • La mémoire de travail et la vitesse de traitement — deux fonctions cognitives qui jouent un rôle important dans la lecture fluide.
  • L’écriture et l’orthographe — dictée de mots réguliers, irréguliers, et de phrases.

Pendant certains exercices, l’enfant est chronométré. Les résultats sont comparés aux normes pour son âge et son niveau scolaire. Les parents attendent généralement en salle d’attente pendant cette phase — l’enfant travaille seul avec l’orthophoniste.

Le compte rendu : le document remis aux parents

À l’issue du bilan, l’orthophoniste rédige un compte rendu écrit — c’est obligatoire dès lors que le bilan a été prescrit par un médecin. Ce document contient :

  • Le résumé des éléments recueillis lors de l’anamnèse
  • Les résultats aux différents tests, avec leur interprétation
  • Le diagnostic posé (ou les hypothèses si le diagnostic ne peut pas encore être confirmé)
  • Les préconisations : rééducation orthophonique, adaptations scolaires, orientation vers d’autres professionnels si nécessaire

Ce compte rendu est un document essentiel. Il servira à communiquer avec l’enseignant, à demander un Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP) à l’école, et éventuellement à constituer un dossier MDPH.

Extrait de bilan dyslexie avec scores de lecture, conscience phonologique et percentiles

Extrait fictif d’un bilan orthophonique. Chaque barre montre comment l’enfant se situe par rapport aux autres enfants du même âge. Plus la barre est courte, plus l’écart est important. Le percentile indique le rang : un enfant à P10 fait moins bien que 90 % de ses camarades sur cette épreuve.

Extrait de bilan dyslexie présentant conclusion diagnostique et scores de tests cognitifs

Extrait fictif de la deuxième partie du bilan, qui explore la mémoire et le traitement des sons. Certaines zones peuvent être très en dessous de la moyenne (comme la répétition de logatomes, des mots inventés), alors que d’autres restent dans la norme (comme la compréhension du sens des mots). C’est ce profil contrasté qui oriente le travail en rééducation.

Combien coûte un bilan dyslexie et est-ce remboursé ?

Les orthophonistes libéraux sont conventionnés — ils n’ont pas le droit de pratiquer des dépassements d’honoraires. Le tarif d’un bilan orthophonique est donc encadré.

En 2024, le tarif d’un bilan orthophonique est fixé comme suit (tarifs conventionnés, sans dépassement d’honoraires possible) 88,40 € pour un bilan du langage oral ou écrit — c’est le tarif qui s’applique dans la grande majorité des bilans dyslexie

Le bilan de renouvellement bénéficie généralement d’une décote d’environ 30 %.

Remboursement : le bilan est pris en charge à 60 % par l’Assurance Maladie dès lors qu’il est prescrit par un médecin. Les 40 % restants sont à votre charge — et couverts par la grande majorité des mutuelles. Si votre enfant est en ALD ou bénéficie de la CSS (anciennement CMU), la prise en charge est à 100 % par la Sécurité sociale.

À noter : les orthophonistes conventionnés n’ont pas le droit de pratiquer des dépassements d’honoraires. Le tarif affiché est le tarif réel.

Après le bilan : quelles sont les suites ?

Le bilan aboutit à l’une des trois situations suivantes.

1. Une rééducation orthophonique est prescrite C’est le cas le plus fréquent quand la dyslexie est confirmée. La prescription initiale couvre généralement 50 à 100 séances, renouvelables selon les progrès. Les séances durent entre 30 et 45 minutes, à raison d’une à deux fois par semaine.

2. Un bilan pluridisciplinaire est recommandé Si la situation est complexe — troubles multiples, doute sur le diagnostic, difficultés qui ne s’expliquent pas par la seule dyslexie — l’orthophoniste peut recommander un bilan coordonné par un médecin, impliquant d’autres professionnels (psychologue, neuropsychologue, psychomotricien, ergothérapeute). Dans les cas les plus complexes, le médecin peut orienter vers un CRTLA (Centre de Référence des Troubles spécifiques du Langage et des Apprentissages), présent dans chaque région. Source : HAS, Guide parcours de soins TSLA, 2017.

3. Aucune rééducation n’est nécessaire Si les tests ne montrent pas d’écart pathologique suffisant par rapport aux normes pour l’âge, l’orthophoniste peut conclure qu’une rééducation n’est pas indiquée. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle — cela peut signifier que les difficultés observées ne relèvent pas d’un trouble spécifique, ou qu’elles sont moins sévères qu’on ne le craignait.

Ce qu’on fait avec le compte rendu

Le compte rendu du bilan n’est pas un document à ranger dans un tiroir. Il sert à :

  • Informer l’enseignant : une version simplifiée des préconisations peut être remise à l’école pour adapter les conditions de travail en classe.
  • Demander un PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé) : dispositif mis en place par le directeur de l’école, sans passage par la MDPH. Il formalise les aménagements pédagogiques (tiers-temps, leçons à l’oral, supports adaptés).
  • Saisir la MDPH si les troubles sont sévères et que des aménagements plus importants sont nécessaires.

👉 Faire reconnaître la dyslexie comme handicap

👉 Dyslexie chez l’enfant : tout comprendre pour mieux accompagner

En attendant le bilan : comment ne pas rester sans rien faire ?

Le bilan peut prendre du temps à obtenir. En attendant, vous n’êtes pas sans ressources.

Le programme « Parents face à la dyslexie » vous envoie chaque jour pendant 10 jours une explication ou une action concrète en 3 minutes. Pour comprendre ce que vit votre enfant et commencer à l’aider à la maison, avant même le premier rendez-vous. Gratuit.

Questions fréquentes

Quel bilan pour la dyslexie ?

Le bilan de référence est le bilan orthophonique — c’est lui qui permet de poser le diagnostic de dyslexie. Il est prescrit par un médecin et réalisé par un orthophoniste. Dans certains cas complexes, un bilan neuropsychologique (réalisé par un psychologue spécialisé) peut être associé pour évaluer les fonctions cognitives plus en détail.

L’orthophoniste est le professionnel habilité à réaliser le bilan de langage écrit et à poser le diagnostic de dyslexie. Le médecin traitant, le pédiatre ou le médecin scolaire prescrivent le bilan, mais ne le réalisent pas eux-mêmes. Dans les cas complexes, un neuropsychologue peut compléter l’évaluation.

En cabinet d’orthophonie libéral, sur prescription médicale. L’annuaire santé d’ameli.fr permet de trouver les orthophonistes de son secteur. En cas de troubles complexes ou de délais très longs, il est possible de s’orienter vers un CRTLA (Centre de Référence des Troubles spécifiques du Langage et des Apprentissages) — présent dans chaque région, rattaché à un CHU.

Le bilan comprend trois étapes : un entretien initial (anamnèse) pour recueillir l’histoire de l’enfant, une série de tests standardisés évaluant la lecture, l’écriture, la conscience phonologique et la mémoire de travail, puis la rédaction d’un compte rendu écrit remis aux parents. Le bilan dure généralement entre 1h30 et 3h, parfois réparti sur deux séances.

💡Bilan dyslexie : ce qu'il faut retenir

Le bilan dyslexie est une étape structurée qui donne des réponses claires : un diagnostic, une mesure de la sévérité du trouble, et des préconisations concrètes. L’obtenir demande souvent de la patience — les délais d’attente sont réels — mais il est remboursé et accessible à tous.

Pour comprendre les signes qui doivent vous alerter avant d’en arriver là : Signes de dyslexie chez l’enfant : ce qui doit alerter

Bibliographie