L'enfer de la dictée

Newsletter 09 juin 2026

Table des matières

Quand j’étais en 6ème, le garçon assis derrière moi pleurait à chaque fois que le professeur de français rendait les dictées.

– 20, – 30, semaine après semaine. C’était violent.

Je compatissais car à sa place, j’aurais été dans le même état que lui.

Bon élève dans les autres matières, c’est comme si les notions d’orthographe et de grammaire semblaient traversaient son cerveau sans laisser la moindre trace.

Aujourd’hui, il serait probablement diagnostiqué dysorthographique et aurait eu une aide appropriée.

Je pense que ces pratiques appartiennent au passé.

Mais chaque semaine, ma fille rapporte sa liste de mots pour la dictée.
Et je soupire. Et je me dis que les choses doivent encore évoluer.

Des mots regroupés par thème, ici la mer.
Mais d’un point de vue orthographe, les mots n’ont aucun lien entre eux.

Chacun pose sa propre difficulté, sans règle commune sur laquelle s’appuyer.

Pourtant, on sait que l’orthographe s’apprend mieux quand on enseigne les régularités, c’est-à-dire par liste de mots qui se ressemblent (par exemple : ligne, vigne, peigne, cigogne, montagne, campagne etc).

Des études françaises l’ont mesuré : après avoir travaillé une régularité, les enfants écrivent mieux des mots de la même famille qu’on ne leur a jamais fait réviser, et le gain tient encore plusieurs mois plus tard.

Et c’est encore plus net pour les enfants qui ont un trouble comme la dysorthographie.

L’enseignement des régularités, en particulier morphologiques (familles de mots, préfixes et suffixes, terminaisons), est l‘un des leviers les plus efficaces pour eux.

Ma méthode pour la dictée

Si, comme moi, les listes de mots de ton enfant n’ont ni queue ni tête, je te partage aujourd’hui comment je m’y prends pour entraîner ma fille sachant qu’elle a 1 semaine, weekend compris, pour la préparer.

Voici un exemple concret avec les mots de cette semaine.

D’abord, commençons par le plus important : recopier les mots 10 fois est la méthode la moins efficace.

Recopier un mot demande très peu au cerveau : l’enfant reproduit ce qu’il voit, sans réfléchir.
Comme le dit Timothy Shanahan, du National Reading Panel, analyser un mot ancre mieux et plus longtemps que de le recopier dix fois.

Jour 1

On lit la liste ensemble pour repérer les difficultés, puis je lui dicte tous les mots (résultat sur la 1ère copie d’écran).

Ceux qu’elle écrit juste, on les revoit simplement la veille de la dictée. On va se concentrer sur le reste pendant la semaine. Et je prends 5 minutes pour repérer les liens entre ses fautes.

Jour 2

Je m’attaque à une difficulté particulière.

Ici je vois que dans vagues, nageoire et plongeon, ses fautes sont liées à une mauvaise utilisation du G. On rappelle donc la règle correspondante.

On passe 10 minutes à trier les mots selon que le mot nécessite un U, un E ou rien (et ça tombe bien, j’ai conçu des exercices pour ça)

Jour 3

Corail et écaille, je vois bien qu’elle s’emmêle.

Alors, on fait bien la distinction pour qu’elle intègre que les noms masculins s’écrivent avec -ail et les noms féminins en -aille.

Puis, je dicte les mots de la veille pour faciliter la mémorisation.

Jour 4

On passe à aquatique et queue.
J’aime bien parler de l’étymologie du mot, je suis convaincue qu’on n’apprend rien de manière durable sans comprendre.

À nouveau, je dicte les mots de la veille pour une meilleure mémorisation.

Jour 5

On se concentre sur les dernières lettres des adjectifs.
Quels mots de la même famille peut-on utiliser pour se rappeler ?
profond ➔ profondeur
brillant ➔ brillante

Le week-end

On revoit tous les mots puis dictée. On s’attarde encore s’il y a des fautes et je lui demande de les épeler.

Tout au long de la semaine et particulièrement la veille de la dictée, je pose des questions de ce style :
Quelle est la dernière lettre de profond ?
Comment s’écrit le son O de saumon ?

On n’est pas toujours obligé de passer par l’écrit.

Pour épeler et répondre à ces questions, l’enfant doit visualiser le mot. ça l’aide encore à mémoriser.

Derniers conseils

  • Toujours corriger un mot faux pour que l’enfant n’ancre pas la mauvaise orthographe.

  • Si je vois qu’elle rechigne je change le support : écrire sur le tableau des courses, avec de l’eau pendant l’été, pourquoi pas avec de la farine dans un plateau ?

Cette méthode (qui ne prend pas plus de 10 minutes par jour) a beaucoup aidé ma fille et j’espère qu’elle aidera aussi ton enfant.

Pour finir, le garçon qui pleurait m’a ajouté récemment sur LinkedIn.

Il occupe un poste assez important et a même écrit un livre sur son sujet d’expertise. Comme quoi !

Ton enfant a besoin de connaitre des histoires d’enfants comme lui qui ont réussi à s’épanouir malgré leurs difficultés.

Alors n’hésite pas à lui en parler la prochaine fois qu’il te dira qu’il est nul en dictée !

Évidemment, j’ai créé un paquet d’exercices pour faciliter l’apprentissage de l’orthographe avec Koolookoo.
Les particularités du G, le S qu’on double ou non, les lettres muettes des adjectifs, et d’autres encore.

Ce sont les mêmes régularités que je travaille avec ma fille, réunies dans la station de jeu : l’enfant manipule, écoute, touche, et corrige ses réponses lui-même.
Sans écransans que tu aies à tout préparer.

Si chez toi aussi la dictée tourne au conflit, c’est une autre façon de travailler ces règles, sans que ton enfant se sente en échec.

Conçue avec des orthophonistes, fabriquée en France.

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